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Great by Choice : ce que les entreprises qui prospèrent dans l’incertitude font différemment

Photo du rédacteur: Philippe Brière
Philippe Brière
19 oct.
3 min de lecture

Pourquoi deux entreprises du même secteur, exposées à des chocs comparables, connaissent-elles des trajectoires si différentes ? L’une s’essouffle, tandis que l’autre continue de progresser, d’investir et de saisir des occasions.

Cette question est au cœur de Great by Choice, publié en 2011 par Jim Collins et Morten T. Hansen. À partir d’une recherche comparative menée sur neuf ans, les auteurs explorent les pratiques d’entreprises ayant obtenu des résultats exceptionnels dans des environnements instables. Une partie de notre capacité à réussir dans l’incertitude se construit avant que celle-ci nous mette à l’épreuve.

Trois idées du livre éclairent particulièrement la performance robuste : préparer ses réserves, tenir un rythme soutenable et expérimenter avant d’engager des ressources importantes.

La performance d’aujourd’hui gagne à être appréciée aussi à travers les capacités qu’elle prépare pour demain.

La paranoïa productive : préparer ses marges de manœuvre

La paranoïa productive consiste à envisager ce qui pourrait mal tourner, puis à transformer cette vigilance en préparation. Les entreprises étudiées constituent des réserves de trésorerie, préservent des marges de sécurité et limitent les risques susceptibles de compromettre leur avenir.

Microsoft en offre une illustration. Les auteurs racontent comment Steve Ballmer multipliait les scénarios de risque lors de la préparation de son introduction en Bourse. Cette vigilance illustre une inquiétude rendue utile par l’action. Pour un dirigeant, une réserve financière peut financer le temps nécessaire pour réagir, maintenir un investissement décisif ou traverser une baisse d’activité.

Quel imprévu plausible nous mettrait aujourd’hui en difficulté, et que pouvons-nous préparer dès maintenant ?

La marche des 20 miles : donner un rythme à l’ambition

Dans Great by Choice, la marche des 20 miles désigne une discipline de progression régulière. Elle fixe un niveau de performance à tenir dans les périodes difficiles et une limite supérieure qui évite de se surexposer lorsque tout semble favorable.

Southwest Airlines illustre cette exigence. En 1996, plus de cent villes souhaitaient accueillir ses vols ; la compagnie n’en ajouta que quatre à son réseau afin de préserver sa capacité à bien fonctionner et sa culture. Pour une PME, une marche régulière peut signifier développer son activité à un rythme compatible avec l’intégration des recrutements, tout en préservant l’apprentissage.

Quel rythme pouvons-nous tenir avec exigence, et quels signaux indiqueraient que nous dépassons nos capacités ?

La balle avant le boulet : apprendre avant de changer d’échelle

Avant de concentrer des moyens importants sur une initiative, on réalise des essais dont le coût, le risque et la mobilisation restent limités. On observe, on ajuste, puis on investit davantage lorsque les résultats apportent des preuves suffisantes.

Le développement de l’iPod et d’iTunes sert d’illustration dans le livre : l’accueil de l’iPod, l’usage d’iTunes sur Mac, puis le succès de la vente de musique en ligne ont progressivement étayé l’élargissement de l’offre. Pour une entreprise, cela peut prendre la forme d’une offre testée auprès de quelques clients ou d’un partenariat exploratoire.

Quel petit test nous permettrait de mieux décider avant un engagement important ?

Un complément utile : la recette SMaC

Collins et Hansen parlent de recette SMaC, pour Specific, Methodical, Consistent : des pratiques précises, méthodiques et cohérentes dans le temps. Chez Southwest, l’usage d’un seul type d’avion, le Boeing 737, simplifiait notamment la formation, la maintenance et l’affectation des équipages.

Ce que cela change dans notre regard sur la performance

Ces entreprises ne se distinguent pas par une vitesse maximale à chaque instant. Elles construisent les conditions d’une progression qui "tient la mer" : des réserves pour traverser les difficultés, une discipline pour maîtriser leur développement et des expériences pour éclairer leurs investissements.

Great by Choice analyse des trajectoires historiques sélectionnées pour leurs résultats. Cette étude comparative fournit des pistes de réflexion ; elle ne démontre pas une recette universelle et ne garantit pas l’avenir des entreprises citées. Son apport reste fécond : la performance d’aujourd’hui gagne à être appréciée aussi à travers les capacités qu’elle prépare pour demain.

"Elles ne se contentent pas de réagir ; elles créent. Elles ne se contentent pas de survivre ; elles triomphent. Elles ne se contentent pas de réussir ; elles prospèrent." James C. Collins

La performance robuste : les six dimensions de l’entreprise

La performance robuste prolonge cette réflexion en considérant six dimensions complémentaires : économique, stratégique, humaine, écosystémique, sociétale et opérationnelle. Chacune constitue une ressource, avec un équilibre à rechercher selon l’ambition, les contraintes et le contexte de l’entreprise.

Cette grille constitue notre prolongement des enseignements du livre, et non un modèle proposé par ses auteurs. Une réserve financière peut donner du temps pour apprendre ; des équipes qui coopèrent peuvent faciliter une expérimentation ; des partenaires de confiance peuvent aider à absorber un imprévu.

Dans votre entreprise, quelle ressource mérite aujourd’hui d’être renforcée pour rendre la prochaine étape possible ? Parlons-en.


Référence : Jim Collins et Morten T. Hansen, Great by Choice, HarperBusiness, 2011. Les exemples renvoient aux périodes décrites dans l’ouvrage.


 
 
 

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